Poèmes de ce thème
Âme
Charles Baudelaire
Correspondances
La Nature est un temple où de vivants piliers
Laissent parfois sortir de confuses paroles;
L’homme y passe à travers des forêts de symboles
Qui l’observent avec des regards familiers.
Comme de longs échos qui de loin se confondent
Dans une ténébreuse et profonde unité,
Vaste comme la nuit et comme la clarté,
Les parfums, les couleurs et les sons se répondent.
Il est des parfums frais comme des chairs d’enfants,
Doux comme les hautbois, verts comme les prairies,
– Et d’autres, corrompus, riches et triomphants,
Ayant l’expansion des choses infinies,
Comme l’ambre, le musc, le benjoin et l’encens,
Qui chantent les transports de l’esprit et des sens.
Laissent parfois sortir de confuses paroles;
L’homme y passe à travers des forêts de symboles
Qui l’observent avec des regards familiers.
Comme de longs échos qui de loin se confondent
Dans une ténébreuse et profonde unité,
Vaste comme la nuit et comme la clarté,
Les parfums, les couleurs et les sons se répondent.
Il est des parfums frais comme des chairs d’enfants,
Doux comme les hautbois, verts comme les prairies,
– Et d’autres, corrompus, riches et triomphants,
Ayant l’expansion des choses infinies,
Comme l’ambre, le musc, le benjoin et l’encens,
Qui chantent les transports de l’esprit et des sens.
Charles Le Quintrec
La chute des corps
Déchainé dans ma chair où le démon demeure
J’appréhende les pluies qui polissent les pierres
Je vis pour le moment de vivre à contre-cœur
Pour le moment de croire encore à ma misére
Et par les arbres qui circulent sous la terre
Je renonce à la nuit qui remue ses rumeurs.
Je vis, je meurs, je vis... C’est ainsi que j’existe
Je lance sur le monde un Dieu déja sauveur
Déchainé dans ma chair, je l’aime et lui résiste
Soulevé par mon sang, je veux avec ferveur
Une femme moins nue, moins mortelle, moins triste
Que celle qui m’aimait dans les limbes en fleurs.
Déchainé dans ma chair, je me retrouve tel
Que je serai demain dans la chute des choses
Je vis, je me transforme avec amour et j’ose
Prendre a l’arbre les fruits qui flambent au soleil
Kt je cache à la terre où le tumulte règne
Le multiple serpent qui me gagne à sa cause.
Déchainé, divisé souvent contre moi-même
Je sème dans mon sang les poivres, les pollens,
Que l’insecte au ventre vorace a visités
Kt j’écoute en mon corps maintenant mutilé
Le chant charnu d’une Ame a l’affiit de l’été
Qui s’apaise parmi les pulpes qui se prennent.
J’appréhende les pluies qui polissent les pierres
Je vis pour le moment de vivre à contre-cœur
Pour le moment de croire encore à ma misére
Et par les arbres qui circulent sous la terre
Je renonce à la nuit qui remue ses rumeurs.
Je vis, je meurs, je vis... C’est ainsi que j’existe
Je lance sur le monde un Dieu déja sauveur
Déchainé dans ma chair, je l’aime et lui résiste
Soulevé par mon sang, je veux avec ferveur
Une femme moins nue, moins mortelle, moins triste
Que celle qui m’aimait dans les limbes en fleurs.
Déchainé dans ma chair, je me retrouve tel
Que je serai demain dans la chute des choses
Je vis, je me transforme avec amour et j’ose
Prendre a l’arbre les fruits qui flambent au soleil
Kt je cache à la terre où le tumulte règne
Le multiple serpent qui me gagne à sa cause.
Déchainé, divisé souvent contre moi-même
Je sème dans mon sang les poivres, les pollens,
Que l’insecte au ventre vorace a visités
Kt j’écoute en mon corps maintenant mutilé
Le chant charnu d’une Ame a l’affiit de l’été
Qui s’apaise parmi les pulpes qui se prennent.
Georges Schehadé
Cage d’oiseau
Je suis une cage d’oiseau
Une cage d’os
Avec un oiseau
L’oiseau dans sa cage d’os
Une cage d’os
Avec un oiseau
L’oiseau dans sa cage d’os
Gérard de Nerval
Vers dorés
Eh quoi ? tout est sensible !
PYTHAGORE.
Homme ! libre penseur – te crois-tu seul pensant
Dans ce monde, où la vie éclate en toute chose ?
Des forces que tu tiens ta liberté dispose,
Mais de tous tes conseils l’univers est absent.
Respecte dans la bête un esprit agissant…
Chaque fleur est une âme à la Nature éclose ;
Un mystère d’amour dans le métal repose :
Tout est sensible ! — Et tout sur ton être est puissant !
Crains dans le mur aveugle un regard qui t’épie :
À la matière même un verbe est attaché…
Ne la fais pas servir à quelque usage impie.
Souvent dans l’être obscur habite un Dieu caché ;
Et, comme un œil naissant couvert par ses paupières,
Un pur esprit s’accroît sous l’écorce des pierres.
PYTHAGORE.
Homme ! libre penseur – te crois-tu seul pensant
Dans ce monde, où la vie éclate en toute chose ?
Des forces que tu tiens ta liberté dispose,
Mais de tous tes conseils l’univers est absent.
Respecte dans la bête un esprit agissant…
Chaque fleur est une âme à la Nature éclose ;
Un mystère d’amour dans le métal repose :
Tout est sensible ! — Et tout sur ton être est puissant !
Crains dans le mur aveugle un regard qui t’épie :
À la matière même un verbe est attaché…
Ne la fais pas servir à quelque usage impie.
Souvent dans l’être obscur habite un Dieu caché ;
Et, comme un œil naissant couvert par ses paupières,
Un pur esprit s’accroît sous l’écorce des pierres.
Henri Michaux
Portrait des Meidosems (extraits)
L’horloge qui bat les passions dans l’âme des Meidosems s’éveille. Son temps s’accélère. Le monde alentour se hâte, se précipite, allant vers un destin soudain marqué.
Le couteau qui travaille par spasmes attaque, et le bâton qui baratte le fond s’agite violemment.
∗
Ils prennent la forme de bulles pour rêver, ils prennent la forme de lianes pour s’émouvoir.
Appuyée contre un mur, un mur du reste que personne ne reverra jamais, une forme faite d’une corde longue est là. Elle s’enlace.
C’est tout. C’est une Meidosemme.
Et elle attend, légèrement affaissée, mais bien moins que n’importe quel cordage de sa dimension appuyé sur lui-même.
Elle attend.
Journées, années, venez maintenant. Elle attend.
∗
Sur ses longues jambes fines et incurvées, grande, gracieuse Meidosemme.
Rêve de courses victorieuses, âme à regrets et projets, âme pour tout dire.
Et elle s’élance, éperdue, dans un espace qui la boit sans s’y intéresser.
∗
Une gale d’étincelles démange un crâne douloureux. C’est un Meidosem. C’est une peine qui court. C’est une fuite qui roule. C’est l’estropié de l’air qui s’agite, éperdu. Ne va-t-on pas pouvoir l’aider?
Des coulées d’affection, d’infection, des coulées de l’arrière-ban des souffrances, caramel amer d’autrefois, stalagmites lentement formées, c’est avec ces coulées-lè qu’il marche, avec elles qu’il appréhende, membres spongieux venus de la tête, percés de mille petites coulées transversales, d’un sang extravasé, crevant les artérioles, mais ce n’est pas du sang, c’est le sang des souvenirs, du percement de l’âme, de la fragile chambre centrale, luttant dans l’étoupe, c’est l’eau rougie de la vaine mémoire, coulant sans dessein, mais non sans raison en ses boyaux petits qui partout fuient; infime et multiple crevaison.
Un Meidosem éclate. Mille veinules de sa foi en lui éclatent. Il tombe et retombe en de nouvelles pénombres, en de nouveaux étangs.
Qu’il est difficile de marcher ainsi…
∗
Il se mue en cascades, en fissures, en feu. C’est être Meidosem que de se muer ainsi en moires changeantes.
Au moins, ce ne sont pas des plaies. Et va le Meidosem. Plutôt reflets et jeux du soleil et de l’ombre que souffrir, que méditer. Plutôt cascades.
∗
Ici est la ville des murs. Mais les toits? Pas de toits. Mais les maisons? Pas de maisons. Ici est la ville des murs. Plans en mains, vous voyez constamment des Meidosems chercher à en sortir. Mais jamais il n’en sortent.
∗
A cause des naissances (et les morts momifiés occupent une place toujours plus grande entre les murs) à cause des naissances, toujours plus de gens. Il faut construire de nouveaux murs entre les murs déjà existants.
Il y a de longs entretiens meidosems dans les murs, sur Cela qui serait sans murs, sans limites, sans fin et même sans un commencement.
∗
Des ailes sans têtes, sans oiseaux, des ailes pures de tout corps volent vers un ciel solaire, pas encore resplendissant, mais qui lutte fort pour le resplendissement, trouant son chemin dans l’empyrée comme un obus de future félicité.
Ce que ces Meidosems ont tant désiré, enfin ils y sont arrivés. Les voilà.
Le couteau qui travaille par spasmes attaque, et le bâton qui baratte le fond s’agite violemment.
∗
Ils prennent la forme de bulles pour rêver, ils prennent la forme de lianes pour s’émouvoir.
Appuyée contre un mur, un mur du reste que personne ne reverra jamais, une forme faite d’une corde longue est là. Elle s’enlace.
C’est tout. C’est une Meidosemme.
Et elle attend, légèrement affaissée, mais bien moins que n’importe quel cordage de sa dimension appuyé sur lui-même.
Elle attend.
Journées, années, venez maintenant. Elle attend.
∗
Sur ses longues jambes fines et incurvées, grande, gracieuse Meidosemme.
Rêve de courses victorieuses, âme à regrets et projets, âme pour tout dire.
Et elle s’élance, éperdue, dans un espace qui la boit sans s’y intéresser.
∗
Une gale d’étincelles démange un crâne douloureux. C’est un Meidosem. C’est une peine qui court. C’est une fuite qui roule. C’est l’estropié de l’air qui s’agite, éperdu. Ne va-t-on pas pouvoir l’aider?
Des coulées d’affection, d’infection, des coulées de l’arrière-ban des souffrances, caramel amer d’autrefois, stalagmites lentement formées, c’est avec ces coulées-lè qu’il marche, avec elles qu’il appréhende, membres spongieux venus de la tête, percés de mille petites coulées transversales, d’un sang extravasé, crevant les artérioles, mais ce n’est pas du sang, c’est le sang des souvenirs, du percement de l’âme, de la fragile chambre centrale, luttant dans l’étoupe, c’est l’eau rougie de la vaine mémoire, coulant sans dessein, mais non sans raison en ses boyaux petits qui partout fuient; infime et multiple crevaison.
Un Meidosem éclate. Mille veinules de sa foi en lui éclatent. Il tombe et retombe en de nouvelles pénombres, en de nouveaux étangs.
Qu’il est difficile de marcher ainsi…
∗
Il se mue en cascades, en fissures, en feu. C’est être Meidosem que de se muer ainsi en moires changeantes.
Au moins, ce ne sont pas des plaies. Et va le Meidosem. Plutôt reflets et jeux du soleil et de l’ombre que souffrir, que méditer. Plutôt cascades.
∗
Ici est la ville des murs. Mais les toits? Pas de toits. Mais les maisons? Pas de maisons. Ici est la ville des murs. Plans en mains, vous voyez constamment des Meidosems chercher à en sortir. Mais jamais il n’en sortent.
∗
A cause des naissances (et les morts momifiés occupent une place toujours plus grande entre les murs) à cause des naissances, toujours plus de gens. Il faut construire de nouveaux murs entre les murs déjà existants.
Il y a de longs entretiens meidosems dans les murs, sur Cela qui serait sans murs, sans limites, sans fin et même sans un commencement.
∗
Des ailes sans têtes, sans oiseaux, des ailes pures de tout corps volent vers un ciel solaire, pas encore resplendissant, mais qui lutte fort pour le resplendissement, trouant son chemin dans l’empyrée comme un obus de future félicité.
Ce que ces Meidosems ont tant désiré, enfin ils y sont arrivés. Les voilà.
Jean Cocteau
L’Ange Heurtebise
Ange Heurtebise, mon ange gardien
Je te garde, je te heurte
Je te brise, je te change
De gare, d’heure.
En garde, été! Je te défie
Si tu es un homme. Avoue
Mon ange de céruse, ta beauté
Prise en photographie par une
Explosion de magnésium.
Ange Heurtebise, en robe d’eau
Mon ange aimé, la grâce
Me fait mal. J’ai mal.
A Dieu, il me torture.
En moi le démon est tortue, animal
Jadis mélodieux. Arrive
Sors de l’agate
Dure fumée, Ô vitesse qui tue.
Sur tes patins de diamant raye
Le miroir des malades.
Les murs
Les murs
Ont des oreilles
Et les miroirs
Des yeux d’amant.
Heurtebise ne t’écarte
Plus de mon âme, j’accepte.
Fais ce que dois, beauté.
Qu’il est laid le bonheur qu’on veut
Qu’il est beau le malheur qu’on a.
Cheveux d’ange Heurtebise, lourd
Sceptre mâle, danger de l’eau
Du lait, malle de bonne en gare
Au regard de cet élégant animal
Sur la carte qui bouge : mon tombeau
De l’île aux doigts écartés.
Je te garde, je te heurte
Je te brise, je te change
De gare, d’heure.
En garde, été! Je te défie
Si tu es un homme. Avoue
Mon ange de céruse, ta beauté
Prise en photographie par une
Explosion de magnésium.
Ange Heurtebise, en robe d’eau
Mon ange aimé, la grâce
Me fait mal. J’ai mal.
A Dieu, il me torture.
En moi le démon est tortue, animal
Jadis mélodieux. Arrive
Sors de l’agate
Dure fumée, Ô vitesse qui tue.
Sur tes patins de diamant raye
Le miroir des malades.
Les murs
Les murs
Ont des oreilles
Et les miroirs
Des yeux d’amant.
Heurtebise ne t’écarte
Plus de mon âme, j’accepte.
Fais ce que dois, beauté.
Qu’il est laid le bonheur qu’on veut
Qu’il est beau le malheur qu’on a.
Cheveux d’ange Heurtebise, lourd
Sceptre mâle, danger de l’eau
Du lait, malle de bonne en gare
Au regard de cet élégant animal
Sur la carte qui bouge : mon tombeau
De l’île aux doigts écartés.
Jean-Claude Renard
Avant que l’or ne fete...
Dans les profondes salles que ne peuple plus rien
Quw’il y ait un feu blanc!
Une bouche soudain comme une brebis fraîche!
Un oracle incanté par les vents de la mer
Qui veille aux fêtes pures de la foudre et du sel,
— A n’enfouir la parole au fond des vases mortes,
Dans le caillage noir,
Comme les crabes d’ouest quand la marée descend!
Ce souffle étroit éteint la lumière du sacre.
Ce désir sur les dents de n’inventer qu’acides
Pour atteindre un mystére aussitét consumé
N’est pas de nos matins ni des matins du dieu.
L’étable transparente attend les grands béliers
Qui traversent la neige.
Quw’il y ait un feu blanc!
Une bouche soudain comme une brebis fraîche!
Un oracle incanté par les vents de la mer
Qui veille aux fêtes pures de la foudre et du sel,
— A n’enfouir la parole au fond des vases mortes,
Dans le caillage noir,
Comme les crabes d’ouest quand la marée descend!
Ce souffle étroit éteint la lumière du sacre.
Ce désir sur les dents de n’inventer qu’acides
Pour atteindre un mystére aussitét consumé
N’est pas de nos matins ni des matins du dieu.
L’étable transparente attend les grands béliers
Qui traversent la neige.
Jules Supervielle
Cœur
Suffit d’une bougie
Pour éclairer le monde
Autour duquel ta vie
Fait sourdement sa ronde,
Cœur lent qui t’accoutumes
Et tu ne sais à quoi,
Cœur grave qui résumes
Dans le plus sûr de toi
Des terres sans feuillage,
Des routes sans chevaux,
Un vaisseau sans visages
Et des vagues sans eaux.
Mais des milliers d’enfants
Sur la place s’élancent
En poussant de tels cris
De leurs frêles poitrines
Qu’un homme à barbe noire,
— De quel monde venu? —
D’un seul geste les chasse
Jusqu’au fond de la nue.
Alors de nouveau, seul,
Dans la chair tu tâtonnes,
Cœur plus près du linceul,
Cœur de grande personne.
Pour éclairer le monde
Autour duquel ta vie
Fait sourdement sa ronde,
Cœur lent qui t’accoutumes
Et tu ne sais à quoi,
Cœur grave qui résumes
Dans le plus sûr de toi
Des terres sans feuillage,
Des routes sans chevaux,
Un vaisseau sans visages
Et des vagues sans eaux.
Mais des milliers d’enfants
Sur la place s’élancent
En poussant de tels cris
De leurs frêles poitrines
Qu’un homme à barbe noire,
— De quel monde venu? —
D’un seul geste les chasse
Jusqu’au fond de la nue.
Alors de nouveau, seul,
Dans la chair tu tâtonnes,
Cœur plus près du linceul,
Cœur de grande personne.
Jules Supervielle
Grands yeux dans ce visage
Grands yeux dans ce visage,
Qui vous a placés là ?
De quel vaisseau sans mâts
Êtes-vous l’équipage,
Depuis quel abordage
Attendez-vous ainsi
Ouverts toute la nuit ?
Feux noirs d’un bastingage
Étonnés mais soumis
À la loi des orages,
Prisonniers des mirages,
Quand sonnera minuit
Baissez un peu les cils
Pour reprendre courage.
Qui vous a placés là ?
De quel vaisseau sans mâts
Êtes-vous l’équipage,
Depuis quel abordage
Attendez-vous ainsi
Ouverts toute la nuit ?
Feux noirs d’un bastingage
Étonnés mais soumis
À la loi des orages,
Prisonniers des mirages,
Quand sonnera minuit
Baissez un peu les cils
Pour reprendre courage.
Maurice Maeterlinck
Ame de nuit
Mon Ame en est triste a la fin;
Elle est triste enfin d’étre lasse,
Elle est lasse enfin d’étre en vain,
Elle est triste et lasse a la fin
Et j’attends vos mains sur ma face.
Et j’attends enfin leurs remèdes.
Pareils à des anges de glace,
J’attends qu’ils m’apportent l’anneau;
J’attends leur fraîcheur sur ma face,
Comme un trésor au fond de l’eau.
Et j’attends enfin leurs remèdes.
Pour ne pas mourir au soleil,
Mourir sans espoir au soleil !
J’attends qu’ils lavent mes yeux tièdes
Ou tant de pauvres ont sommeil!
Ou tant de cygnes sur la mer,
De cygnes errants sur la mer,
Tendent en vain leur col morose!
Oi, le long des jardins d’hiver,
Des malades cueillent des roses!
J’attends vos doigts purs sur ma face,
Pareils a des anges de glace,
J’attends qu’ils mouillent mes regards,
L’herbe morte de mes regards,
Ou tant d’agneaux las sont épars!
Elle est triste enfin d’étre lasse,
Elle est lasse enfin d’étre en vain,
Elle est triste et lasse a la fin
Et j’attends vos mains sur ma face.
Et j’attends enfin leurs remèdes.
Pareils à des anges de glace,
J’attends qu’ils m’apportent l’anneau;
J’attends leur fraîcheur sur ma face,
Comme un trésor au fond de l’eau.
Et j’attends enfin leurs remèdes.
Pour ne pas mourir au soleil,
Mourir sans espoir au soleil !
J’attends qu’ils lavent mes yeux tièdes
Ou tant de pauvres ont sommeil!
Ou tant de cygnes sur la mer,
De cygnes errants sur la mer,
Tendent en vain leur col morose!
Oi, le long des jardins d’hiver,
Des malades cueillent des roses!
J’attends vos doigts purs sur ma face,
Pareils a des anges de glace,
J’attends qu’ils mouillent mes regards,
L’herbe morte de mes regards,
Ou tant d’agneaux las sont épars!
Max Jacob
La terre
Envolez-moi au-dessus des chandelles noires de la terre,
au-dessus des cornes venimeuses de la terre.
Il n’y a de paix qu’au-dessus des serpents de la terre,
La terre est une grande bouche souillée,
ses hoquets, ses rires à gorge déployée,
sa toux, son haleine, ses ronflements quand elle dort
me triturent l’âme. Attirez-moi dehors !
Secouez-moi ! empoignez-moi, et toi terre chasse-moi.
Surnaturel, je me cramponne à ton drapeau de soie
que le grand vent me coule dans tes plis qui ondoient.
Je craque de discordes militaires avec moi-même,
je me suis comme une poulie, une voiture de dilemmes
et je ne pourrai dormir que dans vos évidences.
Je vous envie, phénix, faisan doré, condors…
Donnez-moi une couverture volante qui me porte
au-dessus du tonnerre, dehors au cristal de vos portes.
au-dessus des cornes venimeuses de la terre.
Il n’y a de paix qu’au-dessus des serpents de la terre,
La terre est une grande bouche souillée,
ses hoquets, ses rires à gorge déployée,
sa toux, son haleine, ses ronflements quand elle dort
me triturent l’âme. Attirez-moi dehors !
Secouez-moi ! empoignez-moi, et toi terre chasse-moi.
Surnaturel, je me cramponne à ton drapeau de soie
que le grand vent me coule dans tes plis qui ondoient.
Je craque de discordes militaires avec moi-même,
je me suis comme une poulie, une voiture de dilemmes
et je ne pourrai dormir que dans vos évidences.
Je vous envie, phénix, faisan doré, condors…
Donnez-moi une couverture volante qui me porte
au-dessus du tonnerre, dehors au cristal de vos portes.
O. V. de L. Milosz
Cantique de la Connaissance (2 extraits)
L’enseignement de l’heure ensoleillée des nuits du Divin.
A ceux, qui, ayant demandé, ont reçu et savent déjà.
A ceux que la prière a conduits à la méditation sur l’origine du langage.
Les autres, les voleurs de douleur et de joie, de science et d’amour, n’entendront rien à ces choses.
Pour les entendre, il est nécessaire de connaître les objets désignés par certains mots essentiels
Tels que pain, sel, sang, soleil, terre, eau, lumière, ténèbres, ainsi que par tous les noms de métaux.
Car ces noms ne sont ni les frères, ni les fils, mais bien les pères des objets sensibles.
Avec ces objets et le prince de leur substance, ils ont été précipités du monde immobile des archétypes dans l’abîme de tourmente du temps.
L’esprit seul des choses a un nom. Leur substance est innomée.
Le pouvoir de nommer des objets sensibles absolument impénétrables à l’être spirituel
nous vient de la connaissance des archétypes qui, étant de la nature de notre esprit, sont comme lui situés dans la conscience de l’oeuf solaire.
Tout ce qui se décrit par le moyen des antiques métaphores existe en un lieu situé; de tous les lieux de l’infini le seul situé.
Ces métaphores que le langage aujourd’hui encore nous impose dès que nous interrogeons le mystère de notre esprit, sont des vestiges du langage pur des temps de fidélité et de connaissance.
Les poètes de Dieu voyaient le monde des archétypes et le décrivaient pieusement par le moyen des termes précis et lumineux du langage de la connaissance.
Le déclin de la foi se manifeste dans le monde de la science et de l’art par un obscurcissement du langage.
Les poètes de la nature chantent la beauté imparfaite du monde sensible selon l’ancien mode sacré.
Toutefois, frappés de la discordance secrète entre le mode
d’expression et le sujet,
et impuissants à s’élever jusqu’au lieu seul situé, j’entends
Pathmos, terre de la vision des archétypes,
ils ont imaginé, dans la nuit de leur ignorance, un monde
intermédiaire, flottant et stérile, le monde des symboles…
∗ ∗ ∗ ∗ ∗ ∗
… L’esprit et le corps luttent quarante ans: c’est là le fameux âge critique dont parle leur pauvre science, la femme stérile.
Le mal a-t-il ouvert une porte dans ton visage? le messager de paix, Melchisedech entrera par cette porte et elle se refermera sur lui et sur son beau manteau de larmes. Mais répète après moi: Pater noster.
Vois-tu, le Père des Anciens, de ceux qui parlaient le langage pur, a joué avec moi comme un père avec son enfant. Nous, nous seuls, qui sommes ses petits enfants nous connaissons ce jeu sacré, cette danse sainte, ce flottement heureux entre la pire obscurité et la meilleure lumière.
∗ ∗ ∗ ∗ ∗ ∗
Il faut se prosterner plein de doutes, et prier. Je me plaignais de ne le point connaître; une pierre où il était tout entier m’est descendue dans la main et j’ai reçu au même instant la couronne de lumière.
Et regarde-moi! environné d’embûches je ne redoute plus rien.
Des ténèbres de la conception à celles de la mort, un fil de catacombes court entre mes doigts dans la vie obscure.
Et pourtant, qu’étais-je! Un ver de cloaque, aveugle et gras, à queue aiguë, voilà ce que j’étais. Un homme créé par Dieu et révolté contre son créateur.
“Quelles qu’en soient l’excellence et la beauté, aucun avenir n’égalera jamais en perfection le non-être.” Telle était ma certitude unique, telle était ma pensée secrète: une pauvre, pauvre pensée de femme stérile.
Comme tous les poètes de la nature, j’étais plongé dans une profonde ignorance. Car je croyais aimer les belles fleurs, les beaux lointains et même les beaux visages pour leur seule beauté.
J’interrogeais les yeux et le visage des aveugles: comme tous
les courtisans de la sensualité, j’étais menacé de cécité physique. Ceci est encore un enseignement de l’heure ensoleillée des nuits du Divin.
Jusqu’au jour où, m’apercevant que j’étais arrêté devant un miroir, je regardai derrière moi. La source des lumières et des formes était là, le monde des profonds, sages, chastes archétypes.
Alors cette femme qui était en moi mourut. Je lui donnai pour tombeau tout son royaume, la nature. Je l’ensevelis au plus secret du jardin décevant, là où le regard de la lune, de la prometteuse éternelle se divise dans le feuillage et descend sur les endormies par les mille degrés de la suavité.
C’est ainsi que j’appris que le corps de l’homme renferme dans ses profondeurs un remède à tous les maux et que la connaissance de l’or est aussi celle de la lumière et du sang.
O Unique! ne m’ôte pas le souvenir de ces souffrances, le jour où tu me laveras de mon mal et aussi de mon bien et me feras habiller de soleil par les tiens, par les souriants. Amen
A ceux, qui, ayant demandé, ont reçu et savent déjà.
A ceux que la prière a conduits à la méditation sur l’origine du langage.
Les autres, les voleurs de douleur et de joie, de science et d’amour, n’entendront rien à ces choses.
Pour les entendre, il est nécessaire de connaître les objets désignés par certains mots essentiels
Tels que pain, sel, sang, soleil, terre, eau, lumière, ténèbres, ainsi que par tous les noms de métaux.
Car ces noms ne sont ni les frères, ni les fils, mais bien les pères des objets sensibles.
Avec ces objets et le prince de leur substance, ils ont été précipités du monde immobile des archétypes dans l’abîme de tourmente du temps.
L’esprit seul des choses a un nom. Leur substance est innomée.
Le pouvoir de nommer des objets sensibles absolument impénétrables à l’être spirituel
nous vient de la connaissance des archétypes qui, étant de la nature de notre esprit, sont comme lui situés dans la conscience de l’oeuf solaire.
Tout ce qui se décrit par le moyen des antiques métaphores existe en un lieu situé; de tous les lieux de l’infini le seul situé.
Ces métaphores que le langage aujourd’hui encore nous impose dès que nous interrogeons le mystère de notre esprit, sont des vestiges du langage pur des temps de fidélité et de connaissance.
Les poètes de Dieu voyaient le monde des archétypes et le décrivaient pieusement par le moyen des termes précis et lumineux du langage de la connaissance.
Le déclin de la foi se manifeste dans le monde de la science et de l’art par un obscurcissement du langage.
Les poètes de la nature chantent la beauté imparfaite du monde sensible selon l’ancien mode sacré.
Toutefois, frappés de la discordance secrète entre le mode
d’expression et le sujet,
et impuissants à s’élever jusqu’au lieu seul situé, j’entends
Pathmos, terre de la vision des archétypes,
ils ont imaginé, dans la nuit de leur ignorance, un monde
intermédiaire, flottant et stérile, le monde des symboles…
∗ ∗ ∗ ∗ ∗ ∗
… L’esprit et le corps luttent quarante ans: c’est là le fameux âge critique dont parle leur pauvre science, la femme stérile.
Le mal a-t-il ouvert une porte dans ton visage? le messager de paix, Melchisedech entrera par cette porte et elle se refermera sur lui et sur son beau manteau de larmes. Mais répète après moi: Pater noster.
Vois-tu, le Père des Anciens, de ceux qui parlaient le langage pur, a joué avec moi comme un père avec son enfant. Nous, nous seuls, qui sommes ses petits enfants nous connaissons ce jeu sacré, cette danse sainte, ce flottement heureux entre la pire obscurité et la meilleure lumière.
∗ ∗ ∗ ∗ ∗ ∗
Il faut se prosterner plein de doutes, et prier. Je me plaignais de ne le point connaître; une pierre où il était tout entier m’est descendue dans la main et j’ai reçu au même instant la couronne de lumière.
Et regarde-moi! environné d’embûches je ne redoute plus rien.
Des ténèbres de la conception à celles de la mort, un fil de catacombes court entre mes doigts dans la vie obscure.
Et pourtant, qu’étais-je! Un ver de cloaque, aveugle et gras, à queue aiguë, voilà ce que j’étais. Un homme créé par Dieu et révolté contre son créateur.
“Quelles qu’en soient l’excellence et la beauté, aucun avenir n’égalera jamais en perfection le non-être.” Telle était ma certitude unique, telle était ma pensée secrète: une pauvre, pauvre pensée de femme stérile.
Comme tous les poètes de la nature, j’étais plongé dans une profonde ignorance. Car je croyais aimer les belles fleurs, les beaux lointains et même les beaux visages pour leur seule beauté.
J’interrogeais les yeux et le visage des aveugles: comme tous
les courtisans de la sensualité, j’étais menacé de cécité physique. Ceci est encore un enseignement de l’heure ensoleillée des nuits du Divin.
Jusqu’au jour où, m’apercevant que j’étais arrêté devant un miroir, je regardai derrière moi. La source des lumières et des formes était là, le monde des profonds, sages, chastes archétypes.
Alors cette femme qui était en moi mourut. Je lui donnai pour tombeau tout son royaume, la nature. Je l’ensevelis au plus secret du jardin décevant, là où le regard de la lune, de la prometteuse éternelle se divise dans le feuillage et descend sur les endormies par les mille degrés de la suavité.
C’est ainsi que j’appris que le corps de l’homme renferme dans ses profondeurs un remède à tous les maux et que la connaissance de l’or est aussi celle de la lumière et du sang.
O Unique! ne m’ôte pas le souvenir de ces souffrances, le jour où tu me laveras de mon mal et aussi de mon bien et me feras habiller de soleil par les tiens, par les souriants. Amen
Patrice de La Tour du Pin
Il passe un vent...
Il passe un vent de toute beauté sur l’Enfer...
(Un banc de brume à la hauteur de nos poitrines,
Il suffit que nos deux seuls regards le dominent,
Et le ciel au-dessus est bienheureux et clair.)
Je vais savoir la fin de chacun de leurs mondes,
Le point crucial d’un jeu dont ils sont ignorants,
Leurs yeux vagues, aux intermittences profondes,
Ces beaux yeux de dormants qui guettent, grands ouverts,
Notre venue avec le vent...
Pour seulement
Une vision d’Enfer, un essor, un coup d’ailes
Que nous allons donner au milieu de leur nuit,
La splendeur de planer bien au-dessus des terres,
Une seconde, Fauln, d’extase sensuelle
En entendant monter, de mes morts endormis,
Ce long frisson vers le sillage de lumière
Que nous laissons...
eereeeerer ère ee reereasr ee eseeeere ese eeeeeeeeeeeeeeeer eee ee eee
Penche-toi plus avant si tu veux découvrir
Quel amour je contiens au fond d’une Ame close
Pour cet Enfer où je te convie cette nuit,
Ce lieu d’un univers dont je suis l’existence,
Ce champ de morts en moi qui reste sans mourir...
Ecoute : es-tu certain d’entendre quelque chose?
C’est le vent : il est prodigieux dans ces pays
De ténèbre. Ecoute encor : tu te sens toi-même
Respirer, toi-même haleter, et lentement
Prendre cette nature effrayante et suprême...
Ainsi faut-il aller vers ces autres vivants,
Mais je ne change pas la voix de mon désir,
La voix insinuante et veuve et familiére, Bt
Cherchant le plus beau mal, sans fin, pour en jouir...
Car moi, j’avais d’abord mon royaume sur la terre!
L’ENFER.
(Un banc de brume à la hauteur de nos poitrines,
Il suffit que nos deux seuls regards le dominent,
Et le ciel au-dessus est bienheureux et clair.)
Je vais savoir la fin de chacun de leurs mondes,
Le point crucial d’un jeu dont ils sont ignorants,
Leurs yeux vagues, aux intermittences profondes,
Ces beaux yeux de dormants qui guettent, grands ouverts,
Notre venue avec le vent...
Pour seulement
Une vision d’Enfer, un essor, un coup d’ailes
Que nous allons donner au milieu de leur nuit,
La splendeur de planer bien au-dessus des terres,
Une seconde, Fauln, d’extase sensuelle
En entendant monter, de mes morts endormis,
Ce long frisson vers le sillage de lumière
Que nous laissons...
eereeeerer ère ee reereasr ee eseeeere ese eeeeeeeeeeeeeeeer eee ee eee
Penche-toi plus avant si tu veux découvrir
Quel amour je contiens au fond d’une Ame close
Pour cet Enfer où je te convie cette nuit,
Ce lieu d’un univers dont je suis l’existence,
Ce champ de morts en moi qui reste sans mourir...
Ecoute : es-tu certain d’entendre quelque chose?
C’est le vent : il est prodigieux dans ces pays
De ténèbre. Ecoute encor : tu te sens toi-même
Respirer, toi-même haleter, et lentement
Prendre cette nature effrayante et suprême...
Ainsi faut-il aller vers ces autres vivants,
Mais je ne change pas la voix de mon désir,
La voix insinuante et veuve et familiére, Bt
Cherchant le plus beau mal, sans fin, pour en jouir...
Car moi, j’avais d’abord mon royaume sur la terre!
L’ENFER.
Pierre Emmanuel
Le tombeau scelle
Une voix blanche comme est blanc le gris des jours
Comme un regard d’aveugle ou comme un mur de ronde
Tombe des gratte-ciels dressés autour du monde
Prisonnier de leur dos comme une arrière-cour
Il n’y a point d’ailleurs dit la voix qui plafonne
Votre ombre dans le puits est tout votre univers
Et si l’élan des murs mime l’espace ouvert
L’étain des projecteurs rend votre ciel aphone
S’il est encore des poètes parmi vous
Ce ciel bouché leur interdit les métathéses
Leur paresse obstinée à rêver de genèses
Peut simuler en mots les fureurs d’un dieu fou
Mais ce mal de langueur dont ils vivent — leur àme
N’est qu’un long bâillement face à vos lendemains
Une dérision de tout l’effort humain
Un désespoir qui les flagorne et vous diffame
Ils ne font rien de leurs dix doigts mais leur sommeil
Est la sape où se meut leur esprit somnambule
Creusant sous la raison le sombre vestibule
D’une nuit qui serait au centre du soleil
Profonds ? Trop peu musclés pour s’ouvrir une tombe
Dans le sable qui glisse et rit des fossoyeurs
Cet éboulis sans fin c’est ’homme intérieur
Ce mirage d’un trou ce sont leurs catacombes
Il n’est de profondeur que celle de l’égoût
Et d’invisible que le siège des entrailles
Le subtil ennemi de ’homme qui travaille
C’est l’Ame dont l’angoisse éveille le dégoat
C’est au faite du rigoureux échafaudage
Ou homme se rend gloire et vibre avec l’acier
Le vertige d’étre son même devancier
La peur abrupte sans échelle ni cordage
Ne cherchez point d’en haut votre ombre au pied des tours
Le futur est sans ombre et homme sans mémoire
Et chaque jour que vous étagez dans l’histoire
Le halo du néon l’efface pour toujours
Plus Babel vous écrase et plus elle est légère
C’est que vos reins sont des nuages moutonnants
— La mousse de savon d’ou l’esprit raisonnant
Souffle en bulles de suffocantes noosphéres
Le vide et non la tour tel est votre rempart
Plus l’esprit vous distend plus ce vide l’enferme
Si vos pieds brélent de quitter la terre ferme
Leur lévitation étire le brouillard
Lequel de l’autre est le fantôme — la muraille
Ou le grimpeur ? Ils se traversent tour à tour
L’homme la tête en bas croit élever la tour
La tour est l’écheveau de humaine grisaille
L’axe de l’écheveau c’est le premier venu
La paille qui livrée aux tourbillons contraires
Rêve a peine un remous la tient-il prisonniére
Qu’elle est l’arbre moteur propulsant l’inconnu
A quoi bon chicaner un songe Cette paille
Et cet homme ont raison tant qu’un remous plus fort
Ne les brise Celui-la seul a toujours tort
Qui tremble de se rompre et d’avance défaille
Gloire à l’illusion qui tient homme debout
Gloire à sa vanité fixant la verticale
Gloire à Babel qui liant tout de sa spirale
Vrille sa haine centrifuge au cœur de tout
Gloire au monde ce fruit dont la pulpe est le vide
Que homme vermineux s’épuise à dévorer
Et s’éternise Votre faim que vous forez
Est Punique aliment dont vous soyez avides
Cette fuite autophage est votre dieu vivant
Qui se mange le ciel pour creuser sa géhenne
Gloire à ce vent de feu qui vous tient dans ses rênes
Vous qui tournez en rond pour devancer le vent
EVANGELIAIRE, le Tombeau scellé. 1962.
Comme un regard d’aveugle ou comme un mur de ronde
Tombe des gratte-ciels dressés autour du monde
Prisonnier de leur dos comme une arrière-cour
Il n’y a point d’ailleurs dit la voix qui plafonne
Votre ombre dans le puits est tout votre univers
Et si l’élan des murs mime l’espace ouvert
L’étain des projecteurs rend votre ciel aphone
S’il est encore des poètes parmi vous
Ce ciel bouché leur interdit les métathéses
Leur paresse obstinée à rêver de genèses
Peut simuler en mots les fureurs d’un dieu fou
Mais ce mal de langueur dont ils vivent — leur àme
N’est qu’un long bâillement face à vos lendemains
Une dérision de tout l’effort humain
Un désespoir qui les flagorne et vous diffame
Ils ne font rien de leurs dix doigts mais leur sommeil
Est la sape où se meut leur esprit somnambule
Creusant sous la raison le sombre vestibule
D’une nuit qui serait au centre du soleil
Profonds ? Trop peu musclés pour s’ouvrir une tombe
Dans le sable qui glisse et rit des fossoyeurs
Cet éboulis sans fin c’est ’homme intérieur
Ce mirage d’un trou ce sont leurs catacombes
Il n’est de profondeur que celle de l’égoût
Et d’invisible que le siège des entrailles
Le subtil ennemi de ’homme qui travaille
C’est l’Ame dont l’angoisse éveille le dégoat
C’est au faite du rigoureux échafaudage
Ou homme se rend gloire et vibre avec l’acier
Le vertige d’étre son même devancier
La peur abrupte sans échelle ni cordage
Ne cherchez point d’en haut votre ombre au pied des tours
Le futur est sans ombre et homme sans mémoire
Et chaque jour que vous étagez dans l’histoire
Le halo du néon l’efface pour toujours
Plus Babel vous écrase et plus elle est légère
C’est que vos reins sont des nuages moutonnants
— La mousse de savon d’ou l’esprit raisonnant
Souffle en bulles de suffocantes noosphéres
Le vide et non la tour tel est votre rempart
Plus l’esprit vous distend plus ce vide l’enferme
Si vos pieds brélent de quitter la terre ferme
Leur lévitation étire le brouillard
Lequel de l’autre est le fantôme — la muraille
Ou le grimpeur ? Ils se traversent tour à tour
L’homme la tête en bas croit élever la tour
La tour est l’écheveau de humaine grisaille
L’axe de l’écheveau c’est le premier venu
La paille qui livrée aux tourbillons contraires
Rêve a peine un remous la tient-il prisonniére
Qu’elle est l’arbre moteur propulsant l’inconnu
A quoi bon chicaner un songe Cette paille
Et cet homme ont raison tant qu’un remous plus fort
Ne les brise Celui-la seul a toujours tort
Qui tremble de se rompre et d’avance défaille
Gloire à l’illusion qui tient homme debout
Gloire à sa vanité fixant la verticale
Gloire à Babel qui liant tout de sa spirale
Vrille sa haine centrifuge au cœur de tout
Gloire au monde ce fruit dont la pulpe est le vide
Que homme vermineux s’épuise à dévorer
Et s’éternise Votre faim que vous forez
Est Punique aliment dont vous soyez avides
Cette fuite autophage est votre dieu vivant
Qui se mange le ciel pour creuser sa géhenne
Gloire à ce vent de feu qui vous tient dans ses rênes
Vous qui tournez en rond pour devancer le vent
EVANGELIAIRE, le Tombeau scellé. 1962.
René Char
Martinet aux ailes trop larges, qui vire et crie sa joie autour de la maison. Tel est le coeur
Martinet aux ailes trop larges, qui vire et crie sa joie autour de la maison. Tel est le cœur.
Il desséché le tonnerre. Il sème dans le ciel serein. S’il touche au sol, il se déchire.
Sa répartie est l’hirondelle. Il déteste la familière. Que vaut dentelle de la tour?
Sa pause est au creux le plus sombre. Nul n’est plus à Pétroit que lui.
L’été de la longue clarté, il filera dans les ténèbres, par les persiennes de minuit.
Il n’est pas d’yeux pour le tenir. Il crie, c’est toute sa présence. Un mince fusil va l’abattre. Tel est le cœur.
La Fontaine Narrative GUILLEVIC
Il desséché le tonnerre. Il sème dans le ciel serein. S’il touche au sol, il se déchire.
Sa répartie est l’hirondelle. Il déteste la familière. Que vaut dentelle de la tour?
Sa pause est au creux le plus sombre. Nul n’est plus à Pétroit que lui.
L’été de la longue clarté, il filera dans les ténèbres, par les persiennes de minuit.
Il n’est pas d’yeux pour le tenir. Il crie, c’est toute sa présence. Un mince fusil va l’abattre. Tel est le cœur.
La Fontaine Narrative GUILLEVIC
Stéphane Mallarmé
LA NOURRICE, HÉRODIADE
HÉRODIADE
… O miroir !
Eau froide par l’ennui dans ton cadre gelée
Que de fois et pendant des heures, désolée
Des songes et cherchant mes souvenirs qui sont
Comme des feuilles sous ta glace au trou profond,
Je m’apparus en toi comme une ombre lointaine,
Mais, horreur ! des soirs, dans ta sévère fontaine,
J’ai de mon rêve épars connu la nudité !…
LA NOURRICE
… Triste fleur qui croît seule et n’a pas d’autre émoi
Que son ombre dans l’eau vue avec atonie…
HÉRODIADE
… Oui, c’est pour moi, pour moi, que je fleuris, déserte !
Vous le savez, jardins d’améthyste, enfouis
Sans fin dans de savants abîmes éblouis,
Ors ignorés, gardant votre antique lumière
Sous le sombre sommeil d’une terre première,
Vous, pierres où mes yeux comme de purs bijoux
Empruntent leur clarté mélodieuse, et vous
Métaux qui donnez à ma jeune chevelure
Une splendeur fatale et sa massive allure !
Quant à toi, femme née en des siècles malins
Pour la méchanceté des antres sibyllins,
Qui parles d’un mortel ! selon qui, des calices
De mes robes, arôme aux farouches délices,
Sortirait le frisson blanc de ma nudité,
Prophétise que si le tiède azur d’été,
Vers lui nativement la femme se dévoile,
Me voit dans ma pudeur grelottante d’étoile,
Je meurs ! J’aime l’horreur d’être vierge et je veux
Vivre parmi l’effroi que me font mes cheveux
Pour, le soir, retirée en ma couche, reptile
Inviolé sentir en la chair inutile
Le froid scintillement de ta pâle clarté
Toi qui te meurs, toi qui brûles de chasteté,
Nuit blanche de glaçons et de neige cruelle !
Et ta sœur solitaire, ô ma sœur éternelle
Mon rêve montera vers toi : telle déjà,
Rare limpidité d’un cœur qui le songea,
Je me crois seule en ma monotone patrie
Et tout, autour de moi, vit dans l’idolâtrie
D’un miroir qui reflète en son calme dormant
Hérodiade au clair regard de diamant…
O charme dernier, oui ! je le sens, je suis seule.
LA NOURRICE
Madame, allez-vous donc mourir ?
HÉRODIADE
Non, pauvre aïeule,
Sois calme et, t’éloignant, pardonne à ce cœur dur,
Mais avant, si tu veux, clos les volets, l’azur
Séraphique sourit dans les vitres profondes,
Et je déteste, moi, le bel azur ! Des ondes
Se bercent et, là-bas, sais-tu pas un pays
Où le sinistre ciel ait les regards haïs
De Vénus qui, le soir, brûle dans le feuillage :
J’y partirais. Allume encore, enfantillage
Dis-tu, ces flambeaux où la cire au feu léger
Pleure parmi l’or vain quelque pleur étranger
Et…
LA NOURRICE
Maintenant ?
HÉRODIADE
Adieu. Vous mentez, ô fleur nue
De mes lèvres. J’attends une chose inconnue
Ou peut-être, ignorant le mystère et vos cris,
Jetez-vous les sanglots suprêmes et meurtris
D’une enfance sentant parmi les rêveries
Se séparer enfin ses froides pierreries.
… O miroir !
Eau froide par l’ennui dans ton cadre gelée
Que de fois et pendant des heures, désolée
Des songes et cherchant mes souvenirs qui sont
Comme des feuilles sous ta glace au trou profond,
Je m’apparus en toi comme une ombre lointaine,
Mais, horreur ! des soirs, dans ta sévère fontaine,
J’ai de mon rêve épars connu la nudité !…
LA NOURRICE
… Triste fleur qui croît seule et n’a pas d’autre émoi
Que son ombre dans l’eau vue avec atonie…
HÉRODIADE
… Oui, c’est pour moi, pour moi, que je fleuris, déserte !
Vous le savez, jardins d’améthyste, enfouis
Sans fin dans de savants abîmes éblouis,
Ors ignorés, gardant votre antique lumière
Sous le sombre sommeil d’une terre première,
Vous, pierres où mes yeux comme de purs bijoux
Empruntent leur clarté mélodieuse, et vous
Métaux qui donnez à ma jeune chevelure
Une splendeur fatale et sa massive allure !
Quant à toi, femme née en des siècles malins
Pour la méchanceté des antres sibyllins,
Qui parles d’un mortel ! selon qui, des calices
De mes robes, arôme aux farouches délices,
Sortirait le frisson blanc de ma nudité,
Prophétise que si le tiède azur d’été,
Vers lui nativement la femme se dévoile,
Me voit dans ma pudeur grelottante d’étoile,
Je meurs ! J’aime l’horreur d’être vierge et je veux
Vivre parmi l’effroi que me font mes cheveux
Pour, le soir, retirée en ma couche, reptile
Inviolé sentir en la chair inutile
Le froid scintillement de ta pâle clarté
Toi qui te meurs, toi qui brûles de chasteté,
Nuit blanche de glaçons et de neige cruelle !
Et ta sœur solitaire, ô ma sœur éternelle
Mon rêve montera vers toi : telle déjà,
Rare limpidité d’un cœur qui le songea,
Je me crois seule en ma monotone patrie
Et tout, autour de moi, vit dans l’idolâtrie
D’un miroir qui reflète en son calme dormant
Hérodiade au clair regard de diamant…
O charme dernier, oui ! je le sens, je suis seule.
LA NOURRICE
Madame, allez-vous donc mourir ?
HÉRODIADE
Non, pauvre aïeule,
Sois calme et, t’éloignant, pardonne à ce cœur dur,
Mais avant, si tu veux, clos les volets, l’azur
Séraphique sourit dans les vitres profondes,
Et je déteste, moi, le bel azur ! Des ondes
Se bercent et, là-bas, sais-tu pas un pays
Où le sinistre ciel ait les regards haïs
De Vénus qui, le soir, brûle dans le feuillage :
J’y partirais. Allume encore, enfantillage
Dis-tu, ces flambeaux où la cire au feu léger
Pleure parmi l’or vain quelque pleur étranger
Et…
LA NOURRICE
Maintenant ?
HÉRODIADE
Adieu. Vous mentez, ô fleur nue
De mes lèvres. J’attends une chose inconnue
Ou peut-être, ignorant le mystère et vos cris,
Jetez-vous les sanglots suprêmes et meurtris
D’une enfance sentant parmi les rêveries
Se séparer enfin ses froides pierreries.