Poèmes de ce thème
Rêves et imagination
Henri Michaux
Quand les motocyclettes rentrent à l’horizon
La seule chose que j’apprécie vraiment, c’est une motocyclette. Oh! Quelles jambes fines, fines! A peine si on les voit.
Et pendant qu’on admire, déjà, tant elles sont rapides, elles regagnent prestement l’horizon qu’elles ne quittent jamais qu’à
C’est ça qui fait rêver! C’est ça qui fait pisser rêveusement les chiens contre le pied des arbres! C’est ça qui nous endort à tout le reste, et toujours nous ramène, recueillis aux fenêtres, aux fenêtres, aux fenêtres aux grands horizons.
Et pendant qu’on admire, déjà, tant elles sont rapides, elles regagnent prestement l’horizon qu’elles ne quittent jamais qu’à
C’est ça qui fait rêver! C’est ça qui fait pisser rêveusement les chiens contre le pied des arbres! C’est ça qui nous endort à tout le reste, et toujours nous ramène, recueillis aux fenêtres, aux fenêtres, aux fenêtres aux grands horizons.
Henri Pichette
Proies du sommeil
Sommeil enfin tu les prends
tous ces méticuleux
fins renards et vieux compéres.
tous ces méticuleux
fins renards et vieux compéres.
Jules Supervielle
Je rêve que je rêve et je suis là pourtant
Je rêve que je rêve et je suis là pourtant
Devant vous, jeune fille, ô comble de jeunesse,
Mais vous êtes réelle et si sûre du temps
Qui vient vous courtiser, alors qu’il me délaisse
Dans un coin de brouillard toujours sans feu ni lieu
D’où je vois, vivement, aller venir vos yeux
Et s’avancer vers moi quelque secrète barque
Vide, où mon cœur tout seul et sans le corps
embarque.
Devant vous, jeune fille, ô comble de jeunesse,
Mais vous êtes réelle et si sûre du temps
Qui vient vous courtiser, alors qu’il me délaisse
Dans un coin de brouillard toujours sans feu ni lieu
D’où je vois, vivement, aller venir vos yeux
Et s’avancer vers moi quelque secrète barque
Vide, où mon cœur tout seul et sans le corps
embarque.
Jules Supervielle
Plein Ciel
J’avais un cheval
Dans un champ de ciel
Et je m’enfonçais
Dans le jour ardent.
Rien ne m’arrêtait
J’allais sans savoir,
C’ètait un navire
Plutôt qu’un cheval,
C’était un désir
Plutôt qu’un navire,
C’était un cheval
Comme on n’en voit pas,
Tête de coursier,
Robe de dêlire,
Un vent qui hennit
En se répandant.
Je montais toujours
Et faisais des signes:
‘Suivez mon chemin,
Vous pouvez venir,
Mes meilleurs amis,
La route est sereine,
Le ciel est ouvert.
Mais qui parle ainsi?
Je me perds de vue
Dans cette altitude,
Me distinguez-vous,
Je suis celui qui
Parlait tout à l’heure,
Suis-je encor celui
Qui parle à présent,
Vous-mêmes, amis,
Etes-vous les mêmes?
L’un efface l’autre
Et change en montant.’
1
… Nous sommes très loin en nous-mêmes
Avec la France dans les bras,
Chacun se croit seul avec elle
Et pense qu’on ne le voit pas.
Chacun est plein de gaucherie
Devant un bien si précieux,
Est-ce donc elle, la patrie,
Ce corps à la face des cieux?
Chacun la tient à sa façon
Dans une étreinte sans mesure
Et se mire dans sa figure
Comme au miroir le plus profond.
Dans un champ de ciel
Et je m’enfonçais
Dans le jour ardent.
Rien ne m’arrêtait
J’allais sans savoir,
C’ètait un navire
Plutôt qu’un cheval,
C’était un désir
Plutôt qu’un navire,
C’était un cheval
Comme on n’en voit pas,
Tête de coursier,
Robe de dêlire,
Un vent qui hennit
En se répandant.
Je montais toujours
Et faisais des signes:
‘Suivez mon chemin,
Vous pouvez venir,
Mes meilleurs amis,
La route est sereine,
Le ciel est ouvert.
Mais qui parle ainsi?
Je me perds de vue
Dans cette altitude,
Me distinguez-vous,
Je suis celui qui
Parlait tout à l’heure,
Suis-je encor celui
Qui parle à présent,
Vous-mêmes, amis,
Etes-vous les mêmes?
L’un efface l’autre
Et change en montant.’
1
… Nous sommes très loin en nous-mêmes
Avec la France dans les bras,
Chacun se croit seul avec elle
Et pense qu’on ne le voit pas.
Chacun est plein de gaucherie
Devant un bien si précieux,
Est-ce donc elle, la patrie,
Ce corps à la face des cieux?
Chacun la tient à sa façon
Dans une étreinte sans mesure
Et se mire dans sa figure
Comme au miroir le plus profond.
Jules Supervielle
Saisir
Saisir, saisir le soir, la pomme et la statue,
Saisir l’ombre et le mur et le bout de la rue.
Saisir le pied, le cou de la femme couchée
Et puis ouvrir les mains. Combien d’oiseaux lâchés
Combien d’oiseaux perdus qui deviennent la rue,
L’ombre, le mur, le soir, la pomme et la statue !
Saisir l’ombre et le mur et le bout de la rue.
Saisir le pied, le cou de la femme couchée
Et puis ouvrir les mains. Combien d’oiseaux lâchés
Combien d’oiseaux perdus qui deviennent la rue,
L’ombre, le mur, le soir, la pomme et la statue !
Leconte de Lisle
Le Rêve du jaguar
Sous les noirs acajous, les lianes en fleur,
Dans l’air lourd, immobile et saturé de mouches,
Pendent, et, s’enroulant en bas parmi les souches,
Bercent le perroquet splendide et querelleur,
L’araignée au dos jaune et les singes farouches.
C’est là que le tueur de boeufs et de chevaux,
Le long des vieux troncs morts à l’écorce moussue,
Sinistre et fatigué, revient à pas égaux.
Il va, frottant ses reins musculeux qu’il bossue;
Et, du mufle béant par la soif alourdi,
Un souffle rauque et bref, d’une brusque secousse,
Trouble les grands lézards, chauds des feux de midi,
Dont la fuite étincelle à travers l’herbe rousse.
En un creux du bois sombre interdit au soleil
Il s’affaisse, allongé sur quelque roche plate;
D’un large coup de langue il se lustre la patte;
Il cligne ses yeux d’or hébetés de sommeil;
Et, dans l’illusion de ses forces inertes,
Faisant mouvoir sa queue et frissonner ses flancs,
Il rêve qu’au milieu des plantations vertes,
Il enfonce d’un bond ses ongles ruisselants
Dans la chair des taureaux effarés et beuglants.
Dans l’air lourd, immobile et saturé de mouches,
Pendent, et, s’enroulant en bas parmi les souches,
Bercent le perroquet splendide et querelleur,
L’araignée au dos jaune et les singes farouches.
C’est là que le tueur de boeufs et de chevaux,
Le long des vieux troncs morts à l’écorce moussue,
Sinistre et fatigué, revient à pas égaux.
Il va, frottant ses reins musculeux qu’il bossue;
Et, du mufle béant par la soif alourdi,
Un souffle rauque et bref, d’une brusque secousse,
Trouble les grands lézards, chauds des feux de midi,
Dont la fuite étincelle à travers l’herbe rousse.
En un creux du bois sombre interdit au soleil
Il s’affaisse, allongé sur quelque roche plate;
D’un large coup de langue il se lustre la patte;
Il cligne ses yeux d’or hébetés de sommeil;
Et, dans l’illusion de ses forces inertes,
Faisant mouvoir sa queue et frissonner ses flancs,
Il rêve qu’au milieu des plantations vertes,
Il enfonce d’un bond ses ongles ruisselants
Dans la chair des taureaux effarés et beuglants.
Louis Aragon
Sommeil de plomb
Le dormeur éveillé regarde la vie avec des yeux de petit enfant
Dormeur quel nuage obscurcit l’azur de ton front
L’homme secoue une tête plus pesante que l’orage
Il voudrait jouer aux quatre coins mais il ne peut. Il est tout seul
La balle du soleil en vain s’offre a lui
En vain les cerceaux des ponts
En vain
Henri IV Vinvite à chat perché
Dormeur quel nuage obscurcit l’azur de ton front
L’homme secoue une tête plus pesante que l’orage
Il voudrait jouer aux quatre coins mais il ne peut. Il est tout seul
La balle du soleil en vain s’offre a lui
En vain les cerceaux des ponts
En vain
Henri IV Vinvite à chat perché
Maurice Maeterlinck
Elle l’enchaina dans une grotte...
Elle ’enchaina dans une grotte,
Elle fit un signe sur la porte ;
La vierge oublia la lumière
Et la clef tomba dans la mer.
Elle attendit les jours d’été :
Elle attendit plus de sept ans,
Tous les ans passait un passant.
Elle attendit les jours d’hiver;
Et ses cheveux en attendant
Se rappelérent la lumière.
Ils la cherchérent, ils la trouvèrent,
Ils se glissérent entre les pierres
Et éclairérent les rochers.
Un soir, un passant passe encore,
Il ne comprend pas la clarté
Et n’ose pas en approcher.
Il croit que c’est un signe étrange,
Il croit que c’est une source d’or,
Il croit que c’est un jeu des anges,
Il se détourne et passe encore...
QUINZE CHANSONS, 1947.
Elle fit un signe sur la porte ;
La vierge oublia la lumière
Et la clef tomba dans la mer.
Elle attendit les jours d’été :
Elle attendit plus de sept ans,
Tous les ans passait un passant.
Elle attendit les jours d’hiver;
Et ses cheveux en attendant
Se rappelérent la lumière.
Ils la cherchérent, ils la trouvèrent,
Ils se glissérent entre les pierres
Et éclairérent les rochers.
Un soir, un passant passe encore,
Il ne comprend pas la clarté
Et n’ose pas en approcher.
Il croit que c’est un signe étrange,
Il croit que c’est une source d’or,
Il croit que c’est un jeu des anges,
Il se détourne et passe encore...
QUINZE CHANSONS, 1947.
O. V. de L. Milosz
Aux sons d’une musique…
Aux sons d’une musique endormie et molle
Comme le glouglou des marais de la lune,
Enfant au sang d’été, à la bouche de prune
Mûre;
Aux sons de miel de tes chevrotantes paroles
Ici, dans l’ombre humide et chaude du vieux mur
Que s’endorme la bête paresseuse Infortune.
Aux sons de ta chanson de harpe rouillée,
Tiède fille qui luis comme une pomme mouillée,
– (Ma tête est si lourde d’éternité vide,
Les mouches d’or font un bruit doux et stupide
Qui prennent tes grands yeux de vache pour des fenêtres),
Aux sons de ta dormante et rousse voix d’été
Fais que je rêve à ce qui aurait pu être
Et n’a pas été…
Comme le glouglou des marais de la lune,
Enfant au sang d’été, à la bouche de prune
Mûre;
Aux sons de miel de tes chevrotantes paroles
Ici, dans l’ombre humide et chaude du vieux mur
Que s’endorme la bête paresseuse Infortune.
Aux sons de ta chanson de harpe rouillée,
Tiède fille qui luis comme une pomme mouillée,
– (Ma tête est si lourde d’éternité vide,
Les mouches d’or font un bruit doux et stupide
Qui prennent tes grands yeux de vache pour des fenêtres),
Aux sons de ta dormante et rousse voix d’été
Fais que je rêve à ce qui aurait pu être
Et n’a pas été…
Paul Valéry
La Fileuse
Assise, la fileuse au bleu de la croisée
Où le jardin mélodieux se dodeline;
Le rouet ancien qui ronfle l’a grisée.
Lasse, ayant bu l’azur, de filer la câline
Chevelure, à ses doigts si faibles évasive,
Elle songe, et sa tête petite s’incline.
Un arbuste et l’air pur font une source vive
Qui suspendue au jour, délicieuse arrose
De ses pertes de fleurs le jardin de l’oisive.
Une tige, où le vent vagabond se repose,
Courbe le salut vain de sa grâce étoilée,
Dédiant magnifique, au vieux rouet, sa rose.
Mais la dormeuse file une laine isolée:
Mystérieusement l’ombre frêle se tresse
Au fil de ses doigts longs et qui dorment, filée.
Le songe se dévide avec une paresse
Angélique, et sans cesse, au doux fuseau crédule,
La chevelure ondule au gré de la caresse…
Derrière tant de fleurs, l’azur se dissimule,
Fileuse de feuillage et de lumière ceinte:
Tout le ciel vert se meurt. Le dernier arbre brûle.
Ta sœur, la grande rose où sourit une sainte,
Parfume ton front vague au vent de son haleine
Innocente, et tu crois languir… Tu es éteinte
Au bleu de la croisée où tu filais la laine.
Où le jardin mélodieux se dodeline;
Le rouet ancien qui ronfle l’a grisée.
Lasse, ayant bu l’azur, de filer la câline
Chevelure, à ses doigts si faibles évasive,
Elle songe, et sa tête petite s’incline.
Un arbuste et l’air pur font une source vive
Qui suspendue au jour, délicieuse arrose
De ses pertes de fleurs le jardin de l’oisive.
Une tige, où le vent vagabond se repose,
Courbe le salut vain de sa grâce étoilée,
Dédiant magnifique, au vieux rouet, sa rose.
Mais la dormeuse file une laine isolée:
Mystérieusement l’ombre frêle se tresse
Au fil de ses doigts longs et qui dorment, filée.
Le songe se dévide avec une paresse
Angélique, et sans cesse, au doux fuseau crédule,
La chevelure ondule au gré de la caresse…
Derrière tant de fleurs, l’azur se dissimule,
Fileuse de feuillage et de lumière ceinte:
Tout le ciel vert se meurt. Le dernier arbre brûle.
Ta sœur, la grande rose où sourit une sainte,
Parfume ton front vague au vent de son haleine
Innocente, et tu crois languir… Tu es éteinte
Au bleu de la croisée où tu filais la laine.
Paul Valéry
Le Sylphe
Ni vu ni connu
Je suis le parfum
Vivant et défunt
Dans le vent venu !
Ni vu ni connu
Hasard ou génie ?
À peine venu
La tâche est finie !
Ni lu ni compris ?
Aux meilleurs esprits
Que d’erreurs promises !
Ni vu ni connu,
Le temps d’un sein nu
Entre deux chemises !
Je suis le parfum
Vivant et défunt
Dans le vent venu !
Ni vu ni connu
Hasard ou génie ?
À peine venu
La tâche est finie !
Ni lu ni compris ?
Aux meilleurs esprits
Que d’erreurs promises !
Ni vu ni connu,
Le temps d’un sein nu
Entre deux chemises !
Paul Verlaine
Mon Rêve familier
Je fais souvent ce rêve étrange et pénétrant
D’une femme inconnue, et que j’aime, et qui m’aime,
Et qui n’est, chaque fois, ni tout à fait la même
Ni tout à fait une autre, et m’aime et me comprend.
Car elle me comprend, et mon cœur, transparent
Pour elle seule, hélas ! cesse d’être un problème
Pour elle seule, et les moiteurs de mon front blême,
Elle seule les sait rafraîchir, en pleurant.
Est-elle brune, blonde ou rousse ?— Je l’ignore.
Son nom ? Je me souviens qu’il est doux et sonore
Comme ceux des aimés que la Vie exila.
Son regard est pareil au regard des statues,
Et, pour sa voix, lointaine, et calme, et grave, elle a
L’inflexion des voix chères qui se sont tues.
D’une femme inconnue, et que j’aime, et qui m’aime,
Et qui n’est, chaque fois, ni tout à fait la même
Ni tout à fait une autre, et m’aime et me comprend.
Car elle me comprend, et mon cœur, transparent
Pour elle seule, hélas ! cesse d’être un problème
Pour elle seule, et les moiteurs de mon front blême,
Elle seule les sait rafraîchir, en pleurant.
Est-elle brune, blonde ou rousse ?— Je l’ignore.
Son nom ? Je me souviens qu’il est doux et sonore
Comme ceux des aimés que la Vie exila.
Son regard est pareil au regard des statues,
Et, pour sa voix, lointaine, et calme, et grave, elle a
L’inflexion des voix chères qui se sont tues.
Paul-Jean Toulet
Princes de la Chine
— Sous les pampres de pourpre et d’or,
Dans l’ombre parfumée,
Ivre de songe et de fumée,
Le Prince Lou s’endort.
Tandis que l’opium efface
Badoure à son côté,
Il rêve à la jeune beauté
Qui brilla sur sa face.
Ainsi se meurt, d’un beau semblant,
Lou, l’ivoire à la bouche.
Badoure en crispant sa babouche
Pense à son deuil en blanc.
Dans l’ombre parfumée,
Ivre de songe et de fumée,
Le Prince Lou s’endort.
Tandis que l’opium efface
Badoure à son côté,
Il rêve à la jeune beauté
Qui brilla sur sa face.
Ainsi se meurt, d’un beau semblant,
Lou, l’ivoire à la bouche.
Badoure en crispant sa babouche
Pense à son deuil en blanc.
Pierre de Ronsard
Du malheur de recevoir
Du malheur de recevoir
Un estranger sans avoir
De luy quelque cognoissance,
Tu as fait experiance,
Menelas, ayant receu
Pâris dont tu fus deceu.
Et moy je la viens de faire,
Qui ore ay voulu retraire
Sottement un estranger
Dans ma chambre et le loger.
Il estoit minuict : et l’Ourse
De son char tournoit la course
Entre les mains du Bouvier,
Quand le somme vint lier
D’une chaine sommeilliere
Mes yeux clos sous la paupiere.
Ja je dormois en mon lit
Lors que j’entr’ouy le bruit
D’un qui frappoit à ma porte,
Et heurtoit de telle sorte
Que mon dormir s’en-alla.
Je demanday : Qu’est-ce là
Qui fait à mon huis sa plainte ?
« Je suis enfant, n’aye crainte »,
Ce me dit-il, et adonc
Je luy desserre le gond
De ma porte verrouillee.
« J’ay la chemise mouillée
Qui me trempe jusqu’aux oz,
Ce disoit, dessus le doz
Toute nuict : j’ay eu la pluie ;
Et pource je te supplie
De me conduire à ton feu
Pour m’aller seicher un peu. »
Lors je prins sa main humide,
Et plein de pitié le guide
En ma chambre et le fis seoir
Au feu qui restoit du soir ;
Puis allumant des chandelles,
Je vy qu’il portoit des ailes,
Dans la main un arc Turquois,
Et sous l’aisselle un carquois.
Adonc en mon cœur je pense
Qu’il avoit quelque puissance,
Et qu’il falloit m’apprester
Pour le faire banqueter.
Ce-pendant il me regarde
D’un œil, de l’autre il prend garde
Si son arc estoit seiché.
Puis me voyant empesché
A luy faire bonne chere,
Me tire une fleche amere
Droict en l’œil : le coup de là
Plus bas au cœur devala,
Et m’y fist telle ouverture,
Qu’herbe, drogue ny murmure
N’y serviroient plus de rien.
Voila, Robertet, le bien,
Mon Robertet qui embrasses
L’heur des Muses et des Graces,
Le bien qui m’est survenu
Pour loger un incognu.
Un estranger sans avoir
De luy quelque cognoissance,
Tu as fait experiance,
Menelas, ayant receu
Pâris dont tu fus deceu.
Et moy je la viens de faire,
Qui ore ay voulu retraire
Sottement un estranger
Dans ma chambre et le loger.
Il estoit minuict : et l’Ourse
De son char tournoit la course
Entre les mains du Bouvier,
Quand le somme vint lier
D’une chaine sommeilliere
Mes yeux clos sous la paupiere.
Ja je dormois en mon lit
Lors que j’entr’ouy le bruit
D’un qui frappoit à ma porte,
Et heurtoit de telle sorte
Que mon dormir s’en-alla.
Je demanday : Qu’est-ce là
Qui fait à mon huis sa plainte ?
« Je suis enfant, n’aye crainte »,
Ce me dit-il, et adonc
Je luy desserre le gond
De ma porte verrouillee.
« J’ay la chemise mouillée
Qui me trempe jusqu’aux oz,
Ce disoit, dessus le doz
Toute nuict : j’ay eu la pluie ;
Et pource je te supplie
De me conduire à ton feu
Pour m’aller seicher un peu. »
Lors je prins sa main humide,
Et plein de pitié le guide
En ma chambre et le fis seoir
Au feu qui restoit du soir ;
Puis allumant des chandelles,
Je vy qu’il portoit des ailes,
Dans la main un arc Turquois,
Et sous l’aisselle un carquois.
Adonc en mon cœur je pense
Qu’il avoit quelque puissance,
Et qu’il falloit m’apprester
Pour le faire banqueter.
Ce-pendant il me regarde
D’un œil, de l’autre il prend garde
Si son arc estoit seiché.
Puis me voyant empesché
A luy faire bonne chere,
Me tire une fleche amere
Droict en l’œil : le coup de là
Plus bas au cœur devala,
Et m’y fist telle ouverture,
Qu’herbe, drogue ny murmure
N’y serviroient plus de rien.
Voila, Robertet, le bien,
Mon Robertet qui embrasses
L’heur des Muses et des Graces,
Le bien qui m’est survenu
Pour loger un incognu.
Pierre Dhainaut
Rêvons-nous en rêvant d’une encre…
Rêvons-nous en rêvant d’une encre
qui serait propre à l’aube, la blanche
sur un fond blanc, comme un reflet d’arbres
au-dessus du fleuve en plein dégel ou la ferveur
d’une phrase ébauchée par un enfant ?
Il ne prend le temps de la finir,
d’autres la poursuivront dans leur ronde,
il le sait, nous rappelant que seule une parole
fait vivre, revivre.
[…]
qui serait propre à l’aube, la blanche
sur un fond blanc, comme un reflet d’arbres
au-dessus du fleuve en plein dégel ou la ferveur
d’une phrase ébauchée par un enfant ?
Il ne prend le temps de la finir,
d’autres la poursuivront dans leur ronde,
il le sait, nous rappelant que seule une parole
fait vivre, revivre.
[…]
Pierre Mac Orlan
Le garde-voies rêve d’une marche de nuit immobile
Le garde-voies rêve d’une marche de nuit immobile.
Appuyé sur son fusil Remington, il rêve
En remuant les pieds, le nez et la peau du front.
Il rêve d’une marche immobile
Dans la nuit rayée comme une glace par des coups de sifflet.
Il chante, en dormant, les chansons de marche immobile :
« Non, je n’aurai pas les tétons de Marie-Madeleine ;
Je n’aurai pas le cotillon de Margot
Je n’manierai. pas les tétons
Je-ne-mi je-ne-ma je-ne-mi ne-manierai pas
Les joyeux tétons de Marie-Madeleine.
Mais je deviendrai aiguilleur sur la Voie Lactée numéro 7
Ou, peut-être encore, une corbeille à papiers et à pitié,
En bordure de la voie numéro 7
Pour les trains de « la classe seize »,
Et la chanson de la locomotive. »
Appuyé sur son fusil Remington, il rêve
En remuant les pieds, le nez et la peau du front.
Il rêve d’une marche immobile
Dans la nuit rayée comme une glace par des coups de sifflet.
Il chante, en dormant, les chansons de marche immobile :
« Non, je n’aurai pas les tétons de Marie-Madeleine ;
Je n’aurai pas le cotillon de Margot
Je n’manierai. pas les tétons
Je-ne-mi je-ne-ma je-ne-mi ne-manierai pas
Les joyeux tétons de Marie-Madeleine.
Mais je deviendrai aiguilleur sur la Voie Lactée numéro 7
Ou, peut-être encore, une corbeille à papiers et à pitié,
En bordure de la voie numéro 7
Pour les trains de « la classe seize »,
Et la chanson de la locomotive. »
Pierre Mac Orlan
Un rat est venu dans ma chambre
Un rat est venu dans ma chambre.
Il a rongé la chandelle.
Il a fait trembler la table branlante,
Et renversé le pot à bière.
Je l’ai pris dans mes bras blancs.
Il était chaud comme un enfant.
Je l’ai bercé tendrement
Et je lui chantais doucement :
« Dors mon rat, mon petit flic, mon petit agent
«Oh! ne m’arrête pas ce soir, sous la lune.
« Ferme les yeux quand je serai là avec mon amant. »
Il a rongé la chandelle.
Il a fait trembler la table branlante,
Et renversé le pot à bière.
Je l’ai pris dans mes bras blancs.
Il était chaud comme un enfant.
Je l’ai bercé tendrement
Et je lui chantais doucement :
« Dors mon rat, mon petit flic, mon petit agent
«Oh! ne m’arrête pas ce soir, sous la lune.
« Ferme les yeux quand je serai là avec mon amant. »
Pierre Reverdy
Di BSPRIUT SORT
Que de livres! Un temple dont les murs épais étaient bâtis en livres. Et la dedans, où j’étais entré on ne saura comment, je ne sais par ou, j étouffais; les plafonds étaient gris de poussire. Pas un bruit. Et toutes ces idées si grandes ne bougent plus; elles dorment, ou sont mortes. IL fait dans ce triste palais si chaud, si sombre!
De mes ongles j’ai griffé la paroi et, morceau à morceau, j ai fait un trou dans le mur de droite. C’était une fenêtre et le soleil qui voulait m’aveugler n’a pas pu m’empécher de regarder dehors.
C’était la rue mais le palais n’était plus là. Je connaissais déja une autre poussière et d’autres murs qui bordaient le trottoir.
Poèmes en Prose
De mes ongles j’ai griffé la paroi et, morceau à morceau, j ai fait un trou dans le mur de droite. C’était une fenêtre et le soleil qui voulait m’aveugler n’a pas pu m’empécher de regarder dehors.
C’était la rue mais le palais n’était plus là. Je connaissais déja une autre poussière et d’autres murs qui bordaient le trottoir.
Poèmes en Prose
René Char
Quand s’ébranla le barrage de homme, aspiré par la faille géante de l’abandon du divin, des mots…
Quand s’ébranla le barrage de homme, aspiré par la faille géante de l’abandon du divin, des mots dans le lointain, des mots qui ne voulaient pas se perdre, tentèrent de résister à l’exorbitante poussée. La se décida la dynastie de leur sens.
J’ai couru jusqu’à l’issue de cette nuit diluvienne. Planté dans le flageolant petit jour, ma ceinture pleine de saisons, je vous attends, ô mes amis qui allez venir. Déa je vous devine derrière la noirceur de l’horizon. Mon âtre ne tarit pas de voeux pour vos maisons, et mon bâton de cyprès rit de tout son cœur pour vous.
Le Poème Pulvérisé
J’ai couru jusqu’à l’issue de cette nuit diluvienne. Planté dans le flageolant petit jour, ma ceinture pleine de saisons, je vous attends, ô mes amis qui allez venir. Déa je vous devine derrière la noirceur de l’horizon. Mon âtre ne tarit pas de voeux pour vos maisons, et mon bâton de cyprès rit de tout son cœur pour vous.
Le Poème Pulvérisé
Robert Desnos
Car l’unique regit l’amour...
Car l’unique régit l’amour et ses douleurs.
Lui seul a possédé les Ames passionnées.
Les uns s’étant soumis à sa loi par malheur
N’ont connu qu’un bourreau pendant maintes années,
D’autres l’ont poursuivi dans ses métamorphoses :
Aprés les yeux très bleus voici les yeux très noirs
Brillant dans un visage où se flétrit la rose,
Plus profonds que le ciel et que le désespoir.
Maitre de leur sommeil et de leurs insomnies
Tl les entraîne en foule a travers les pays
Vers des mers éventrées et des épiphanies...
La marée sera haute et l’étoile a failli.
Quelqu’un m’a raconté que perdu dans les glaces
Dans un chaos de monts, loin de tout océan,
Il vit passer sans heurt et sans fumée la masse
Immense et pavoisée d’un paquebot géant.
Des marins silencieux s’accrochaient aux cordages
Et des oiseaux gueulards volaient dans les haubans
Des danseuses rêvaient au bord des bastingages
En robes de soirée et coiffées de turbans.
Les bijoux entouraient d’étincelles glaciales
Leur gorge et leurs poignets, et de grands éventails
De plumes dans leurs mains claquaient vers des escales
Ou les bals rougissaient les tours et les portails.
Les danseurs abîmés dans leur mélancolie
En songe comparaient leurs désirs a l’acier.
C’était parmi les monts, dans un soir de folie.
De grands nuages coulaient sur le flâne des glaciers.
Un autre découvrît au creux d’une clairière
Un rosier florissant entouré de sapins.
Combien a-t-il cueilli de roses sanguinaires
Avant de s’endormir sur la mousse au matin ?
Mais ses yeux ont gardé l’étrange paysage
Inscrit sur leur prunelle et son cœur incertain
A choisi pour cesser de battre sans courage
Ce calme coin planté de roses et de thym.
Au temps où nous chantions avec des voix vibrantes
Nous avons traversé ces pays singuliers
Où V’écho répondait aux questions des amantes
Par des mots dont le sens nous était familier.
Mais depuis que la nuit s’écroule sur nos têtes
Ces mots ont dans nos cœurs des accents mystérieux
Et quand un souvenir parfois nous les répété
Nous désobéissons a leur ordre impérieux.
Entendez-vous chanter des voix dans les montagnes
Et retentir le bruit des corps et des buccins ?
Pourquoi ne chantons-nous que les refrains de bagne
Au son d’un éternel et lugubre tocsin ?
Lui seul a possédé les Ames passionnées.
Les uns s’étant soumis à sa loi par malheur
N’ont connu qu’un bourreau pendant maintes années,
D’autres l’ont poursuivi dans ses métamorphoses :
Aprés les yeux très bleus voici les yeux très noirs
Brillant dans un visage où se flétrit la rose,
Plus profonds que le ciel et que le désespoir.
Maitre de leur sommeil et de leurs insomnies
Tl les entraîne en foule a travers les pays
Vers des mers éventrées et des épiphanies...
La marée sera haute et l’étoile a failli.
Quelqu’un m’a raconté que perdu dans les glaces
Dans un chaos de monts, loin de tout océan,
Il vit passer sans heurt et sans fumée la masse
Immense et pavoisée d’un paquebot géant.
Des marins silencieux s’accrochaient aux cordages
Et des oiseaux gueulards volaient dans les haubans
Des danseuses rêvaient au bord des bastingages
En robes de soirée et coiffées de turbans.
Les bijoux entouraient d’étincelles glaciales
Leur gorge et leurs poignets, et de grands éventails
De plumes dans leurs mains claquaient vers des escales
Ou les bals rougissaient les tours et les portails.
Les danseurs abîmés dans leur mélancolie
En songe comparaient leurs désirs a l’acier.
C’était parmi les monts, dans un soir de folie.
De grands nuages coulaient sur le flâne des glaciers.
Un autre découvrît au creux d’une clairière
Un rosier florissant entouré de sapins.
Combien a-t-il cueilli de roses sanguinaires
Avant de s’endormir sur la mousse au matin ?
Mais ses yeux ont gardé l’étrange paysage
Inscrit sur leur prunelle et son cœur incertain
A choisi pour cesser de battre sans courage
Ce calme coin planté de roses et de thym.
Au temps où nous chantions avec des voix vibrantes
Nous avons traversé ces pays singuliers
Où V’écho répondait aux questions des amantes
Par des mots dont le sens nous était familier.
Mais depuis que la nuit s’écroule sur nos têtes
Ces mots ont dans nos cœurs des accents mystérieux
Et quand un souvenir parfois nous les répété
Nous désobéissons a leur ordre impérieux.
Entendez-vous chanter des voix dans les montagnes
Et retentir le bruit des corps et des buccins ?
Pourquoi ne chantons-nous que les refrains de bagne
Au son d’un éternel et lugubre tocsin ?
Robert Desnos
Desespoir du soleil
Quel bruit étrange glissait le long de la rampe d’escalier au bas de laquelle rêvait la pomme transparente.
Les vergers étaient clos et le sphinx bien loin de là s’étirait dans le sable craquant de chaleur dans la nuit de tissu fragile.
Ce bruit devait-il durer jusqu’à l’éveil des locataires, ou s’évader dans l’ombre du crépuscule matinal? Le bruit persistait. Le sphinx aux aguets l’entendait depuis des siècles et désirait l’éprouver. Aussi ne faut-il pas s’étonner de voir la silhouette souple du sphinx dans les ténèbres de l’escalier. Le fauve égratignait de ses griffes les marches encaustiquées. Les sonnettes devant chaque porte marquaient de lueurs la cage de l’ascenseur et le bruit persistant sentant venir celui qu’il attendait depuis des millions de ténèbres s’attacha à la crinière et brusquement l’ombre pâlit.
C’est le poème du matin qui commence tandis que dans son lit tiède avec des cheveux dénoués rabattus sur le visage et les draps plus froissés que ses paupières la vagabonde attend l’instant où s’ouvrira sur un paysage de résine et d’agate sa porte close encore aux flots du ciel et de la nuit.
C’est le poème du jour où le sphinx se couche dans le lit de la vagabonde et malgré le bruit persistant lui jure un éternel amour digne de foi.
C’est le poème du jour qui commence dans la fumée odorante du chocolat et le monotone tac tac du cireur qui s’étonne de voir sur les marches de l’escalier les traces des griffes du voyageur de la nuit.
C’est le poème du jour qui commence avec des étincelles d’allumettes au grand effroi des pyramides surprises et tristes de ne plus voir leur majestueux compagnon couché à leurs pieds.
Mais le bruit quel était-il? Dites-le tandis que le poème du jour commence tandis que la vagabonde et le sphinx bien-aimé rêvent aux bouleversements de paysages.
Ce n’était pas le bruit de la pendule ni celui des pas ni celui du moulin à café.
Le bruit quel était-il? quel était-il?
L’escalier s’enfoncera-t-il toujours plus avant? montera-t-il toujours plus haut?
Rêvons acceptons de rêver c’est le poème du jour qui commence.
Les vergers étaient clos et le sphinx bien loin de là s’étirait dans le sable craquant de chaleur dans la nuit de tissu fragile.
Ce bruit devait-il durer jusqu’à l’éveil des locataires, ou s’évader dans l’ombre du crépuscule matinal? Le bruit persistait. Le sphinx aux aguets l’entendait depuis des siècles et désirait l’éprouver. Aussi ne faut-il pas s’étonner de voir la silhouette souple du sphinx dans les ténèbres de l’escalier. Le fauve égratignait de ses griffes les marches encaustiquées. Les sonnettes devant chaque porte marquaient de lueurs la cage de l’ascenseur et le bruit persistant sentant venir celui qu’il attendait depuis des millions de ténèbres s’attacha à la crinière et brusquement l’ombre pâlit.
C’est le poème du matin qui commence tandis que dans son lit tiède avec des cheveux dénoués rabattus sur le visage et les draps plus froissés que ses paupières la vagabonde attend l’instant où s’ouvrira sur un paysage de résine et d’agate sa porte close encore aux flots du ciel et de la nuit.
C’est le poème du jour où le sphinx se couche dans le lit de la vagabonde et malgré le bruit persistant lui jure un éternel amour digne de foi.
C’est le poème du jour qui commence dans la fumée odorante du chocolat et le monotone tac tac du cireur qui s’étonne de voir sur les marches de l’escalier les traces des griffes du voyageur de la nuit.
C’est le poème du jour qui commence avec des étincelles d’allumettes au grand effroi des pyramides surprises et tristes de ne plus voir leur majestueux compagnon couché à leurs pieds.
Mais le bruit quel était-il? Dites-le tandis que le poème du jour commence tandis que la vagabonde et le sphinx bien-aimé rêvent aux bouleversements de paysages.
Ce n’était pas le bruit de la pendule ni celui des pas ni celui du moulin à café.
Le bruit quel était-il? quel était-il?
L’escalier s’enfoncera-t-il toujours plus avant? montera-t-il toujours plus haut?
Rêvons acceptons de rêver c’est le poème du jour qui commence.
Robert Desnos
P’oasis
Nous sommes les pensées arborescentes qui fleurissent sur les chemins des jardins cérébraux.
Soeur Anne, ma sainte Anne, ne vois-tu rien venir… vers Sainte Anne ?
Je vois les pensées odorer les mots.
Nous sommes les mots arborescents qui fleurissent sur les chemins des jardins cérébraux :
De nous naissent les pensées.
Nous sommes les pensées arborescentes qui fleurissent sur les chemins des jardins cérébraux.
Les mots sont nos esclaves
Nous sommes
Nous sommes
Nous sommes les lettres arborescentes qui fleurissent sur les chemins des jardins cérébraux.
Nous n’avons pas d’esclaves.
Sœur Anne, ma sœur Anne, que vois-tu venir vers Sainte Anne ?
Je vois les Pan C
Je vois les crânes KC
Je vois les mains DCD
Je vois les M
Je vois les pensées BC et les femmes MÉ
et les poumons qui en ont AC de l’RLO,
poumons noyés des ponts NMI.
Mais la minute précédente est déjà trop AG.
Nous sommes les arborescences qui fleurissent sur les déserts des jardins cérébraux.
Soeur Anne, ma sainte Anne, ne vois-tu rien venir… vers Sainte Anne ?
Je vois les pensées odorer les mots.
Nous sommes les mots arborescents qui fleurissent sur les chemins des jardins cérébraux :
De nous naissent les pensées.
Nous sommes les pensées arborescentes qui fleurissent sur les chemins des jardins cérébraux.
Les mots sont nos esclaves
Nous sommes
Nous sommes
Nous sommes les lettres arborescentes qui fleurissent sur les chemins des jardins cérébraux.
Nous n’avons pas d’esclaves.
Sœur Anne, ma sœur Anne, que vois-tu venir vers Sainte Anne ?
Je vois les Pan C
Je vois les crânes KC
Je vois les mains DCD
Je vois les M
Je vois les pensées BC et les femmes MÉ
et les poumons qui en ont AC de l’RLO,
poumons noyés des ponts NMI.
Mais la minute précédente est déjà trop AG.
Nous sommes les arborescences qui fleurissent sur les déserts des jardins cérébraux.
Saint-John Perse
Neiges
Et puis vinrent les neiges, les premières
neiges de l’absence, sur les grands lés tissés du
songe et du réel ; et toute peine remise aux hommes
de mémoire, il y eut une fraîcheur de linges a nos
tempes. Et ce fut au matin, sous le sel gris de
Vaube, un peu avant la sixième heure, comme-en —
un havre de fortune, un lieu de grace et de merci
ow licencier l’essaim des grandes odes du silence.
Et toute la nuit, à notre insu, sous ce haut
fait de plume, portant trés haut vestige et charge
d’ames, les hautes villes de pierre ponce forées
d’insectes lumineux n’avaient cessé de croître et
d’exceller, dans l’oubli de leur poids. Et ceux-la
neiges de l’absence, sur les grands lés tissés du
songe et du réel ; et toute peine remise aux hommes
de mémoire, il y eut une fraîcheur de linges a nos
tempes. Et ce fut au matin, sous le sel gris de
Vaube, un peu avant la sixième heure, comme-en —
un havre de fortune, un lieu de grace et de merci
ow licencier l’essaim des grandes odes du silence.
Et toute la nuit, à notre insu, sous ce haut
fait de plume, portant trés haut vestige et charge
d’ames, les hautes villes de pierre ponce forées
d’insectes lumineux n’avaient cessé de croître et
d’exceller, dans l’oubli de leur poids. Et ceux-la
Saint-John Perse
Neiges IV
Seul à faire le compte, du haut de cette chambre d’angle qu’environne un Océan de neiges. – Hôte précaire de l’instant, homme sans preuve ni témoin, détacherai-je mon lit bas comme une pirogue de sa crique?… Ceux qui campent chaque jour plus loin du lieu de leur naissance, ceux qui tirent chaque jour leur barque sur d’autres rives, savent mieux chaque jour le cours des choses illisibles; et remontant les fleuves vers leur source, entre les vertes apparences, ils sont gagnés soudain de cet éclat sévère où toute langue perd ses armes.
Ainsi l’homme mi-nu sur l’Océan des neiges, rompant soudain l’immense libration, poursuit un singulier dessein où les mots n’ont plus prise. Epouse du monde ma présence, épouse du monde ma prudence!… Et du côté des eaux premières me retournant avec le jour, comme le voyageur, à la néoménie, dont la conduite est incertaine et la démarche est aberrante, voici que j’ai dessein d’errer parmi les plus vieilles couches du langage, parmi les plus hautes tranches phonétiques: jusqu’à des langues très lointaines, jusqu’à des langues très entières et très parcimonieuses,
comme ces langues dravidiennes qui n’eurent pas de mots distincts pour ‘hier’ et pour ‘demain’… Venez et nous suivez, qui n’avons mots à dire: nous remontons ce pur délice sans graphie où court l’antique phrase humaine; nous nous mouvons parmi de claires élisions, des résidus d’anciens préfixes ayant perdu leur initiale, et devançant les beaux travaux de linguistique, nous nous frayons nos voies nouvelles jusqu’à ces locutions inouïes, où l’aspiration recule au delà des voyelles et la modulation du souffle se propage, au gré de telles labiales mi-sonores, en quête de pures finales vocaliques.
… Et ce fut au matin, sous le plus pur vocable, un beau pays sans haine ni lésine, un lieu de grâce et de merci pour la montée des sûrs présages de l’esprit; et comme un grand Ave de grâce sur nos pas, la grande roseraie blanche de toutes neiges à la ronde… Fraîcheur d’ombelles, de corymbes, fraîcheur d’arille sous la fève, ha! tant d’azymes encore aux lèvres de l’errant!… Quelle flore nouvelle, en lieu plus libre, nous absout de la fleur et du fruit? Quelle navette d’os aux mains des femmes de grand âge, quelle amande d’ivoire aux mains des femmes de jeune âge
nous tissera linge plus frais pour la brûlure des vivants?… Epouse du monde notre patience, épouse du monde notre attente!… Ah! tout l’hièble du songe à même notre visage! Et nous ravisse encore, ô monde! ta fraîche haleine de mensonge!… Là où les fleuves encore sont guéables, là où les neiges encore sont guéables, nous passerons ce soir une âme non guéable… Et au delà sont les grands lés du songe, et tout ce bien fongible où l’être engage sa fortune…
∗
Désormais cette page où plus rien ne s’inscrit.
Ainsi l’homme mi-nu sur l’Océan des neiges, rompant soudain l’immense libration, poursuit un singulier dessein où les mots n’ont plus prise. Epouse du monde ma présence, épouse du monde ma prudence!… Et du côté des eaux premières me retournant avec le jour, comme le voyageur, à la néoménie, dont la conduite est incertaine et la démarche est aberrante, voici que j’ai dessein d’errer parmi les plus vieilles couches du langage, parmi les plus hautes tranches phonétiques: jusqu’à des langues très lointaines, jusqu’à des langues très entières et très parcimonieuses,
comme ces langues dravidiennes qui n’eurent pas de mots distincts pour ‘hier’ et pour ‘demain’… Venez et nous suivez, qui n’avons mots à dire: nous remontons ce pur délice sans graphie où court l’antique phrase humaine; nous nous mouvons parmi de claires élisions, des résidus d’anciens préfixes ayant perdu leur initiale, et devançant les beaux travaux de linguistique, nous nous frayons nos voies nouvelles jusqu’à ces locutions inouïes, où l’aspiration recule au delà des voyelles et la modulation du souffle se propage, au gré de telles labiales mi-sonores, en quête de pures finales vocaliques.
… Et ce fut au matin, sous le plus pur vocable, un beau pays sans haine ni lésine, un lieu de grâce et de merci pour la montée des sûrs présages de l’esprit; et comme un grand Ave de grâce sur nos pas, la grande roseraie blanche de toutes neiges à la ronde… Fraîcheur d’ombelles, de corymbes, fraîcheur d’arille sous la fève, ha! tant d’azymes encore aux lèvres de l’errant!… Quelle flore nouvelle, en lieu plus libre, nous absout de la fleur et du fruit? Quelle navette d’os aux mains des femmes de grand âge, quelle amande d’ivoire aux mains des femmes de jeune âge
nous tissera linge plus frais pour la brûlure des vivants?… Epouse du monde notre patience, épouse du monde notre attente!… Ah! tout l’hièble du songe à même notre visage! Et nous ravisse encore, ô monde! ta fraîche haleine de mensonge!… Là où les fleuves encore sont guéables, là où les neiges encore sont guéables, nous passerons ce soir une âme non guéable… Et au delà sont les grands lés du songe, et tout ce bien fongible où l’être engage sa fortune…
∗
Désormais cette page où plus rien ne s’inscrit.